L'ÉDITO

Souk
Par
Saïd Kaced

On se souvient que le premier appareil de ce type a fait son entrée en Algérie en 1978, alors que Houari Boumediene
se débattait désespérément contre la mort.

L'Algérie serait-elle devenue le repaire de flibustiers déguisés en représentants de multinationales pour venir fourguer des marchandises de qualité médiocre et sans garantie aucune ? Il faut le croire si l'on ne s'attarde que sur les malheurs des opérateurs de la santé qui assistent, impuissants, à la mort lente de leurs scanners achetés à prix d'or et qui tombent en panne, I'un après l'autre, faute de maintenance. On se souvient que le premier appareil de ce type a fait son entrée en Algérie en 1978, alors que Houari Boumediene se débattait désespérément contre la mort. L'hôpital Mustapha hérita du scanner à la disparition du père de la glaciation. Quelques Algériens, disposant de puissants soutiens, ont pu alors découvrir les bienfaits de ce joyau de la technologie de pointe.
Aujourd'hui, plusieurs établissements sanitaires, publics ou privés, proposent, moyennant un infaillible “piston” ou de bons honoraires, des consultations utilisant l'imagerie à rayonnement magnétique (IRM). Cela jusqu'à ce que ce matériel ultramoderne subisse les aléas d'un service après-vente, pourtant compris dans le contrat du fournisseur, peu efficace ou inexistant. Alors les acquéreurs, à coups de millions de dollars, de ces merveilles technologiques, doivent ferrailler dur avec les représentants des multinationales — Siemens exerce sur le marché du matériel médical un quasi-monopole — qui semblent utiliser notre pays comme un territoire de non-droit où ils pourront, jusqu'à ce que l'État brandisse sa main lourde, s'adonner à la pratique, réprimée dans leurs pays d'origine, de l'économie offshore.
C'est-à-dire sans respecter les clauses des contrats couverts, dans l'absolu, par la législation commerciale en vigueur de par le monde. Mais quand on sait que le droit protège avant tout les puissants... Par ailleurs, la passivité — la naïveté ? — de nos opérateurs de la santé, face à ces véritables escroqueries surprend surtout lorsqu'on connaît le coût exorbitant d'un scanner et la complexité de son maintien en état de marche. Dans l'intervalle, ce sont des centaines de patients qui doivent prendre leur mal en patience, au sens souffrance extrême du terme. Que faire pour sortir du souk ?

S. K.