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Ils sont importés à coups
de devises fortes et souvent en panne Scanner : La
grande arnaque De Farid Belgacem
Actuellement, plus de 100
scanners se trouvent dans un état lamentable. Les contrats de maintenance
ont été purement et simplement grillés par les sociétés européennes et
américaines.
C’est une arnaque flagrante.
Tellement flagrante que ce phénomène appelle toutes les consciences du
pays à agir. Vite. Cela ne touche pas seulement le secteur de la santé
publique et privée, mais aussi d'autres activités de production où les
demières technologies de pointe sont introduites. Que se passe-t-il
exactement ? Qui est derrière cette arnaque ? Qui paie le prix de cette
gabegie ? Qui est victime et qui est plaignant ? Mais surtout comment des
sociétés européennes et américaines investissent moins et gagnent beaucoup
sur le dos des pays pauvres ? Lumière sur une affaire scandaleuse qui date
de plus de dix ans. À l’ instar de tout autre secteur déficitaire,
celui de la santé, a été toujours dépourvu d'appareils, d’outils et autres
moyens de soins et de diagnostics. Au début des années 90, des
prospecteurs européens et américains arrivent en Algérie, un marché
potentiel dont les besoins sont énormes. Des contacts ont alors eu lieu
par le biais des missions diplomatiques pour l’acquisition de scanners
pour les hôpitaux publics, dont les centres hospitalo - universitaires. De
Aïn Naâdja de Mustapha, en passant par Aïssat Idir de Bab El - Oued, les
attentes ont été longues et les pouvoirs publics s’empressent alors à
acquérir ces machines pour une meilleure prestation médicale. Des IRM de
dernière génération sont alors importés avec un contrat de maintenance
annuel de l'ordre de 8 et 9 millions de dinars. Le scanner, quant à lui,
revient au contribuable, entre 2 et 3 millions de dollars. Quelques années
plus tard, soit en 1992-1993, des médecins se démarquent et investissent
dans cette activité sachant que les hôpitaux sont dépassés par les pannes
successives. L'offre étant très forte, Ies boîtes étrangères exploitent ce
fait accompli pour convaincre le privé algérien à faire vite pour
développer ce marché. Chose tout à fait naturelle et légitime. Car, après
tout, pour ces entreprises, c’est du commerce. Des filiales sont alors
créées à Alger et des fournisseurs pressent le pas dans une concurrence
aveugle. C’est tellement juteux que leur installation s'est faite en un
laps de temps record. Le scanner qui était un moyen de diagnostic réservé
aux riches et aux personnes épaulées, est devenu en deux ans accessible à
toute la population même si les prix sont légèrement gonflés en
comparaison au pouvoir d`achat nettement en baisse. Cela dit, certains
centres d'imagerie médicale ont ouvert grandes leurs portes aux personnes
démunies avant d`être prises en charge gratuitement. Jusque-là, tout
semble normal. Hélas ! Une année après leur acquisition, ces machines
commencent à faire des leurs. Des pannes par-ci, des faux diagnostics
par-là, le privé tire la sonnette d’alarme. Aucun technicien n`est venu à
leur aide. Aucun ingénieur n'est disponible pour réparer les scanners. Des
aimants entiers (un matériel lourd de 5 à 7 tonnes) qui nécessitent un
entretien régulier, sont systématiquement déclarés réformés après une
année d'usure. Mécaniquement, cela s’explique par le fait que ces machines
sont atteintes et non traitées, donc exposées à la rouille. Le cas du
scanner de Aïn Naâdja est édifiant en ce sens. D’autres scanners sont en
panne par négligence du partenaire qui réinvestit son bénéfice ailleurs
alors que le contrat de maintenance dicte le maintien d'une relation du
service après - vente. Chose qui n'existe pas chez nous. Durant les années
de terrorisme. ces entreprises avançaient le prétexte sécuritaire.
D`ailleurs, au milieu des années 9O, la plupart de ces sociétés avaient
plié bagages et chargé des représentants à l`échelle locale, sans prendre
des dispositions en cas de panme. Aujourd`hui, ce prétexte n'est plus
utile et la relation commerciale qui lie le privé algérien à ces sociétés
ne peut plus continuer à fonctionner à sens unique.
F. B.
Ils signent pourtant des
contrats Les partenaires ignorent-ils la loi ?
Il faut être naïf pour croire que les
investisseurs étrangers ignorent la loi. Bien au contraire, ces sociétés,
pour la plupart des leaders mondiaux, exploitent le vide juridique et
politique pour investir avec beaucoup de facilité. Transaction commerciale
oblige, ces sociétés signent des contrats en bonne et due forme avec leur
partenaire en Algérie et leur font croire de leur entière disponibilité en
cas de problèmes. Or, force est de constater que la vente de ce matériel
et son acheminement prennent beaucoup moins de temps qu'une intervention
sur un scanner en panne. Les exemples ne manquent pas. À Constantine,
Oran, Alger ou d’autres localités du pays, plus de 100 scanners sont
actuellement en souffrance et, pour la majorité, exposés à des incidents
techniques graves. De sources concordantes, nous avons appris que pas
moins de quinze plaintes ont été déposées ici et là à l'encontre des
constructeurs et autres représentants pour manque de pièces de rechange,
absence de visite préventive, non-assistance aux opérations de maintenance
et autres dommages causés par des pannes répétitives. Soumise aux
autorisations du ministère de la Santé, I'importation de ce genre de
matériel ainsi que son suivi incombent donc à l'État qui devrait
intervenir pour réguler un marché qui ne profite qu'aux seuls
constructeurs et autres représentants. La règle dicte que chaque trois
mois, les techniciens et autres ingénieurs effectuent des stages de
recyclage et de formation pour maintenir leur niveau de connaissance, car
cela coûte moins cher que la réparation d’une panne. Ces stages ne sont,
malheureusement, pas à la portée de nos centres quand on sait qu'une
formation revient à 20 000 dollars US, soit 1,6 million de
dinars.
F. B.
Centre d'imagerie médicale
Yougourta d'Alger “Nous sommes exténués
!”
Vendredi, 2 août 2002. Le
compresseur IRM, installé en décembre 1999 par General-Electric (société
américaine), est à l’arrêt. Au moment de la panne, un enfant de 11 ans se
trouvait dans la salle. Une explosion s'est fait ressentir à l'intérieur
même du bloc où le patient effectuait un scanner. Fort heureusement,
I'enfant n'a rien constaté et n'a absolument pas été incommodé par les
émanations de gaz. Une équipe sera dépêchée quelque temps plus tard et là,
surprise ! le matériel de dépannage est... en panne. Le directeur du
centre Youghourta, le Dr Allas, perd patience. Commence alors le parcours
du combattant pour faire venir un technicien ou un ingénieur au secours
d'un centre dont la bonne réputation n'est pas à présenter. Du ministère
des Affaires étrangères aux différents contacts à l'étranger, en passant
par une compagnie aérienne privée qui a proposé ses services
gracieusement, jusqu'à l'acheminement des matériaux depuis Arzew... M.
Allas se dit «exténué” par un partenaire qui n'a pas tenu ses engagements
dictés par le contrat. C'est que le représentant de cette société à Alger
ne dispose pas de compétences locales pour prendre en charge ces pannes.
D'où l'arnaque. Dans une correspondance adressée au ministère de la Santé,
M. Allas signale que “malgré le contrat de maintenance (9 millions de
dinars par année, NDLR) notre équipement IRM n’a bénéficié d’aucune visite
de maintenance préventive depuis plusieurs mois, malgré les engagements
écrits et contractuels du distributeur indépendant MSA”. Mais cela ne date
pas d'aujourd'hui, puisque depuis dix ans ce centre souffre de la mauvaise
maintenance du constructeur américain. Dimanche matin, une autre équipe
arrive pour tenter de réparer cet IRM, et les choses semblent entrer dans
l'ordre. Mais le problème demeure le même. Car, quinze jours après cet
incident, ce centre a dû débourser des sommes astronomiques, grevant
sérieusement son budget pour arriver à ce stade. Le directeur qui n'est
pas prêt à baisser les bras, a fait appel à un huissier de justice pour
constater les failles et les dégâts. Interpellé, le ministère de la Santé,
au courant du problème, doit prendre une décision politique en matière
d'investissement dans toute industrie sanitaire soit-elle ou
pharmaceutique.
F. B.
Cliniques privées de
Constantine Siemens critiqué Plus de la moitié du parc national des équipements d’imagerie médicale
du pays est de marque Siemens. Aujourd’hui, plusieurs propriétaires de
cliniques décrient la situation lamentable dans laquelle se trouve ce
matériel. Ce que reprochent à Siemens les propriétaires des cliniques,
est surtout le manque de politique transparente de service après-vente :
les équipements tombent en panne dès les premiers mois de leur mise en
service. Pour certains, tout a commencé 1er trimestre 2001 avec le
passage de Siemens - Algérie sous la coupe de “Siemens France” alors
qu’elle dépendait avant de “Siemens Allemagne”. 6 cliniques ont signé
une pétition qu’elles ont envoyée au ministre de la Santé et à la
maison-mère “Siemens” où ils dénoncent cet état de fait. Pour le moment,
ils n’ont reçu que des promesses. Contacté par nos soins, le
représentant de Siemens-Algérie, M. Buss, a nié les faits.
G. A.
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