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Il sera célébré sous le signe de
la prudence
Un 20 Août sans
fanfare à Ifri-Ouzellaguène
De
notre envoyé spécial : Mustapha Benfodil
Si le
20 Août 2001 avait été une grosse démonstration de force, l’événement
sera célébré plutôt timidement cet été. La donne a changé
depuis que le “consensus archs” s’est fissuré.
Ighzer
Amokrane. 60 km de Béjaïa. Nous sommes à J-1 de la commémoration
du 46e anniversaire de la tenue du Congrès de La Soummam. Un événement
très attendu. Pour cause : les animateurs du mouvement de Kabylie
entendent marquer, une nouvelle fois, à leur façon, cette
date-symbole par une énième action-spectacle. Que l’on se rappelle
les plus d’un million de marcheurs drainés par “l’appel d’Ifri”
le 20 Août 2001, une démonstration de force grandiose. Mais d’emblée,
il nous paraît évident que le “show” de l’été dernier ne va
guère être réédité.
À cet effet, dès notre arrivée en cette matinée de 19 août, et à
peine ayant sondé quelques voix ici et là pour voir si quelque chose
de particulier se mijotait, force nous a été donnée de constater
que le cœur n’est plus aux parades musclées et autres manifs
tonitruantes. La voix de la… lassitude (de la sagesse si vous préférez)
semble l’avoir remporté. Les gens sont dans l’expectative. Une
chose est sûre : le “consensus archs” s’est brisé.
“Alors, que va-t-il se passer demain ?”, demandent sans cesse les
uns aux autres. Sentiment de ras-le-bol. Horizon bouché.
Pourrissement. Nous cherchons quelque “voix autorisée” à même
d’éclairer un peu plus notre lanterne. Virée à la mairie. Un
monument à la gloire des “martyrs du Printemps noir” a été érigé,
avec de belles sépultures de marbre gravées de mots ciselés. Le
maire, M. OudaÏ Mohand-Arezki, est débordé. Bref entretien au pied
levé dans le hall de l’APC. Il précisera d’emblée que “la cérémonie
de commémoration du 20 Août se déroulera dans le calme et la sérénité”.
Comprendre : pas de marche. “Nous voulons, dit-il, mettre cet événement
à l’abri de toute manipulation politique. Nous tenons à éviter
toute confrontation entre les uns et les autres. Le Congrès de La
Soummam appartient à tous les Algériens et celui qui veut venir,
marhba bih !”
Au programme, un cérémonial des plus sobres avec un recueillement en
deux temps : au Carré des martyrs et à celui des victimes des évènements.
À part cela, pas un geste de plus, même pas un speech ! Pourtant,
les meneurs des archs avaient parlé de la tenue d’une veillée spéciale
ainsi que d’un meeting auquel prendraient part des figures médiatiques
du mouvement.
Il se trouve que la coordination des villages d’Ifri-Ouzellaguène
s’est opposée à toute surenchère dans le “protocole” de célébration
de la journée du 20 Août. “L’an dernier, pendant toute une
semaine, la population d’Ighzer Amokrane se tenait le ventre en se
disant mais qu’est-ce qu’ils vont encore faire ? Y aura-t-il
encore des morts, encore de la casse ?”, témoigne Mouloud,
travailleur à l’usine de l’eau minérale d’Ifri et membre de la
coordination des villages d’Ouzellaguène. Un propriétaire d’un
café abonde dans le même sens : “Nous avons eu une année
catastrophique. Barakat !”
Pour Mouloud, l’événement de la célébration du congrès d’Ifri
et la jonction entre la plate-forme de La Soummam est celle d’El-Kseur
— comme ont souhaité le faire les idéologues du mouvement — ne
devrait pas faire du territoire de la commune un champ de bataille et
un terrain de confrontation ouvert entre les tendances qui se précisent
au sein du mouvement, particulièrement depuis l’annonce-surprise du
FFS de participer aux municipales de 10 octobre prochain. Sur les
vitrines des cafés, librairies et autres façades de la ville, on
peut voir placardé un appel au calme lancé par la coordination des
villages d’Ouzellaguène. “Aujourd’hui et à la veille de la
commémoration de cette date historique du 20 Août 56, nous, les
comités de villages d’Ouzellaguène, garants du serment prêté par
nos martyrs, de 1954-1962 et du Printemps noir 2001, réunis pour la célébration
de cette journée hautement symbolique, appelons après analyse
profonde de la situation, au niveau de la commune, les Algériens et
les Algériennes à une célébration éminemment commémorative dans
la dignité et la sérénité loin de toute logique politique et
luttes claniques afin de préserver et de ne pas trahir l’esprit
d’Ifri”, lit-on dans la déclaration
Et de chuter : “La coordination des comités de villages d’Ouzellaguène
se démarque de toute action menant à la dérive et met en garde les
concepteurs des situations conflictuelles et douteuses”.
À souligner qu’en vertu du principe de “l’organisation
horizontale” du mouvement, les comités de villages sont
parfaitement en droit d’observer une ligne de conduite propre.
Ainsi, sur la question ô combien épineuse de la participation ou non
à la prochaine consultation électorale, la coordination des villages
d’Ouzellaguène a opté pour le respect du libre arbitre des
citoyens. “Nous sommes catégoriquement contre le recours à la
violence pour intimider les candidats ou empêcher les électeurs de
se rendre aux bureaux de vote”, dit Mouloud, délégué du village
d’Issegane.
Pourtant, aux législatives du 30 mai, les bureaux de vote n’ont même
pas ouvert. Il faut dire que la donne a changé maintenant que le FFS
se présente.
Cela se fait sentir d’une bien pressante manière, ici à Ighzer
Amokrane où le parti d’Aït Ahmed semble avoir une confortable
assise populaire. D’ailleurs, jusqu’à l’heure, et hormis une
incertaine et circonspecte liste FLN, le FFS est la seule formation
politique à présenter une liste, même si celle-ci n’en finit pas
d’être fignolée tant elle suscite des réserves.
Il convient de noter, par ailleurs, qu’il y a une forte
interpellation à l’endroit des archs pour s’expliquer sur
l’avenir des communes kabyles à partir du 11 octobre si les
communales venaient à capoter. “Qui va-t-on nous ramener des DEC ?
Vous voyez un valet de l’administration servir sa commune mieux
qu’un élu ? Les députés, on s’en foutait car ils sont loin.
Mais les maires, il y va de la gestion de notre quotidien”,
disent-ils.
M. B.
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